Oïcha : déplacés bantous et pygmées vivent en harmonie

Oïcha : déplacés bantous et pygmées vivent en harmonie

Au site des déplacés de Luvangira, dans le quartier Oïcha-Premier en territoire de Beni (Nord-Kivu), des familles bantoues et pygmées, contraintes de fuir les violences des ADF, reconstruisent peu à peu un vivre-ensemble. Malgré des débuts marqués par la méfiance et les préjugés, les deux communautés affichent aujourd’hui une cohabitation apaisée, nourrie par le dialogue et la solidarité.

Depuis plusieurs années, les populations déplacées installées à Oïcha arrivent par vagues successives, au rythme des attaques perpétrées contre les civils par les rebelles ADF dans plusieurs localités du territoire de Beni. Parmi elles figurent des familles pygmées, autrefois établies paisiblement dans leurs entités d’origine, mais également des familles bantoues ayant elles aussi fui les villages ciblés par l’insécurité.

En se retrouvant à Oïcha, ces différentes communautés ont été contraintes de partager un même espace de vie, chacune avec ses réalités culturelles, ses habitudes et ses perceptions de l’autre. Au départ, cette cohabitation n’a pas été facile. Les préjugés réciproques, les incompréhensions et certaines barrières culturelles ont rendu les relations parfois difficiles.

Cependant, grâce aux dialogues réguliers initiés par les autorités locales, les responsables communautaires ainsi que les chefs du site, les tensions se sont progressivement atténuées. Aujourd’hui, au site de Luvangira, les signes d’une cohabitation pacifique deviennent de plus en plus visibles.

Solidarité au quotidien

Lors de notre passage au site de Luvangira, nous avons constaté une vie communautaire marquée par l’entraide entre hommes et femmes, Bantous et Pygmées confondus. Dans les activités quotidiennes comme dans les moments de difficulté, les habitants se soutiennent mutuellement, témoignant d’une volonté commune de vivre ensemble malgré les épreuves du déplacement.

Pour Zaburi Kisubi, chef du site, cette convivialité est désormais une réalité palpable. « Nous vivons en bonne relation avec les Bantous parce que nous partageons déjà à manger et à boire sans problème. Des gestes de convivialité facilitent cette cohabitation dans ce site. En cas de problème entre Bantous et Pygmées, les deux camps viennent se réconcilier chez moi », explique-t-il.

Rapprochement culturel

Au-delà de la simple coexistence, la vie commune au site de Luvangira a progressivement favorisé un véritable rapprochement culturel entre les deux communautés. Les habitudes alimentaires se croisent, les liens sociaux se consolident et certaines barrières autrefois perçues comme infranchissables commencent à s’effacer. « Nous n’étions pas habitués au foufou comme nourriture, mais grâce aux Bantous, nous nous sommes adaptés. Eux aussi ont commencé à prendre nos repas. Il y a même des garçons bantous qui épousent désormais nos filles pygmées et vice-versa », ajoute Zaburi Kisubi.

Unis pour la paix

Du côté des déplacés, plusieurs voix s’élèvent également pour encourager cette cohésion sociale. Pour Angibo Alobi Gaston, un habitant bantou du site, l’unité reste une condition essentielle pour espérer un retour durable à la paix dans les villages d’origine. « Nous devons tous vivre dans l’unité et partager un même langage. Pour chercher la paix, nous devons nous unir. La force de notre union peut nous apporter la paix, afin que chacun retourne dans son village », souhaite-t-il.

A Luvangira, cette expérience de cohabitation entre déplacés bantous et pygmées apparaît ainsi comme un exemple local de résilience communautaire. Dans un contexte marqué par les violences et le déplacement forcé, ces familles démontrent qu’au-delà des différences culturelles, le dialogue, la solidarité et l’acceptation mutuelle peuvent ouvrir la voie à une paix durable.

Cet article est produit dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale ». Ce projet est exécuté par l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC), section du Nord-Kivu, avec l’appui de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC Suisse). À travers cette initiative, l’UNPC Nord-Kivu vise à faire des médias de véritables catalyseurs de la paix et de la cohésion sociale.

Assise Bashizi Kibondo


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