Nord‑Kivu : Recrudescence de la justice populaire inquiète les activistes des droits humains

Nord‑Kivu : Recrudescence de la justice populaire inquiète les activistes des droits humains

Dans la province du Nord-Kivu, les cas de justice populaire suscitent de vives inquiétudes. Des habitants sont de plus en plus nombreux à dénoncer des actes de violences commis contre des suspects, souvent sans jugement ni procédure judiciaire, entraînant parfois des pertes en vies humaines.

Dans plusieurs localités, des personnes accusées de faits présumés sont livrées à la foule sans possibilité de défense. Cette pratique, généralement alimentée par la colère liée à l’insécurité et au manque de confiance dans le système judiciaire, conduit régulièrement à des violences extrêmes, touchant parfois des innocents.

Selon plusieurs habitants, ce phénomène s’explique notamment par la persistance de l’insécurité et la faible confiance accordée aux institutions judiciaires. « Des personnes se rendent justice pour revendiquer leurs droits, parce qu’il y a certains droits qui sont violés dans la communauté », confie un habitant.

Pratique qui fragilise l’Etat de droit

Pour les acteurs de la paix, cette tendance représente une menace directe pour l’État de droit. Enock Syayikomya, défenseur de la non-violence, estime que la justice populaire détruit les fondements du système judiciaire : « Ça fragilise la justice, d’autant plus que la justice populaire n’a qu’une seule issue : tuer ou vandaliser les biens d’une personne, sans que l’on connaisse le verdict ».

De son côté, Jean Bedel, défenseur des droits humains, appelle les autorités à restaurer la confiance : « L’État doit bien jouer son rôle en rendant une justice équitable. La population doit aussi s’abstenir de se rendre justice, car la justice populaire emporte plus de victimes que de coupables ».

Appel à la responsabilité et à la non-violence

Face à cette situation, les acteurs de la société civile insistent sur la promotion de la non-violence et du respect des procédures judiciaires. Ils rappellent que les textes internationaux, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme, garantissent le droit à la vie et à un procès équitable.

Cet article est produit dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale », mis en œuvre par l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) Nord-Kivu, avec l’appui de la Direction du développement et de la coopération (DDC Suisse). Le projet vise à renforcer le rôle des médias comme acteurs de la paix et de la cohésion sociale.

Anne Bagalwa


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