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Beni : loin de la forêt, des femmes pygmées se tournent vers l’artisanat pour survivre

Beni : loin de la forêt, des femmes pygmées se tournent vers l’artisanat pour survivre

Contraintes de quitter la forêt, leur milieu de vie traditionnel, en raison de l’insécurité persistante, des familles autochtones pygmées installées au campement de Kiprihani, dans la ville de Beni au Nord-Kivu, tentent de reconstruire leur quotidien. Privées de leurs principales activités traditionnelles, notamment la chasse, la cueillette et le ramassage, plusieurs femmes apprennent désormais des métiers artisanaux afin de gagner progressivement leur autonomie économique.

Loin de leur environnement traditionnel, les communautés autochtones pygmées déplacées vers la ville de Beni font face à de nombreuses difficultés de survie. Dans la forêt, leur quotidien reposait principalement sur la chasse, la cueillette et le ramassage. Mais l’insécurité qui sévit dans plusieurs zones forestières les a contraintes à abandonner ce mode de vie.

Face à cette situation, une initiative locale a été mise en place au campement de Kiprihani afin d’offrir de nouvelles perspectives aux membres de cette communauté.

À l’origine de cette initiative se trouve le chef coutumier, Sa Majesté Mwami Achou Taibo, qui a mobilisé la communauté autour de la recherche de solutions durables. « Là où vivaient les Pygmées, il n’y a plus de vie à cause de l’insécurité dans la forêt. Leur vie reposait sur le ramassage, la chasse et la cueillette. Déplacés ici en ville, ils sont confrontés à de nombreuses difficultés de survie. En dehors de l’aide humanitaire, qui ne vient pas tous les jours, nous avons pensé à leur apprendre des métiers », explique-t-il.

Des besoins pour poursuivre la formation

L’objectif est notamment de permettre aux bénéficiaires d’acquérir des compétences dans différents domaines artisanaux, parmi lesquels la confection de bracelets et d’autres objets en perles, la fabrication de paniers et de chaînettes ainsi que la tresse des cheveux. « Nous envisageons également de développer des formations dans la coupe et la couture. L’objectif est de renforcer leurs capacités afin qu’ils puissent subvenir à leurs besoins et assurer progressivement leur relèvement économique », ajoute le chef coutumier.

Si la formation a déjà été lancée, plusieurs défis restent à relever pour permettre aux apprenantes de poursuivre leur apprentissage et de transformer leurs compétences en véritables activités génératrices de revenus.

Mwami Achou Taibo identifie notamment trois besoins prioritaires : la disponibilité de formateurs supplémentaires, l’acquisition de matériel et la création d’un espace destiné à la commercialisation des produits.

« Le besoin majeur maintenant, c’est de trouver d’autres formateurs pour le niveau suivant. Deuxièmement, il faut du matériel et des fournitures. Et troisièmement, il faut un endroit pour vendre les produits : une boutique, des étalages, de l’électricité et un espace confortable. Nous aurions également besoin d’un bon salon de coiffure », souligne-t-il.

Une formation qui suscite l’adhésion

Les femmes autochtones bénéficiaires de cette initiative ont été encadrées par Sagesse Lwahivweka, une jeune entrepreneure locale et responsable de l’entreprise SAG-Art.

Elle témoigne de l’intérêt et de la capacité d’adaptation des participantes tout au long de la formation. « Au début, nous étions 18 : des femmes, des filles et des enfants. Au fur et à mesure de la formation, certains se sont retirés. J’ai finalement terminé avec dix femmes pygmées. Elles sont intelligentes, elles se sont adaptées et elles ont aimé la pratique », explique la formatrice.

Toutefois, le manque de matériel demeure un obstacle important à la progression de l’activité.

« Le matériel n’était pas suffisant. Ce que nous utilisions suffisait au début, mais plus nous avançons, plus nous avons besoin de matériel pour améliorer le travail et progresser », poursuit-elle.

L’artisanat comme espoir d’autonomisation

Pour les bénéficiaires, l’apprentissage de ces métiers représente bien plus qu’une simple occupation. Il constitue une possibilité de générer des revenus et de répondre progressivement aux besoins de leurs familles.

Marie Adonita, mère de cinq enfants, espère que les compétences acquises dans la confection des perles et des paniers lui permettront de prendre en charge son foyer. « Nous sommes en train d’apprendre à fabriquer des objets en perles et des paniers. Ce métier va m’aider à gagner de l’argent pour répondre à mes besoins : la nourriture, l’habillement, les frais scolaires des enfants et les soins médicaux », explique-t-elle.

Même espoir chez Tabibi Anesi, qui envisage déjà de vendre les objets qu’elle fabrique afin de subvenir aux besoins de ses enfants. « Je vais vendre mes perles pour prendre soin de mes enfants, les scolariser et leur acheter des habits et des souliers », affirme-t-elle.

Entre vulnérabilité et résilience

Entre vulnérabilité et résilience, ces femmes autochtones tentent ainsi d’écrire une nouvelle page de leur histoire. Loin de la forêt, elles apprennent, créent et espèrent construire progressivement leur autonomie.

Avec un accompagnement supplémentaire en matériel, en formation et en accès au marché, cette initiative artisanale pourrait devenir une véritable source de revenus pour plusieurs familles du campement de Kiprihani et contribuer à réduire leur dépendance à l’aide humanitaire.

Cet article est produit dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et des médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale ». Ce projet est exécuté par l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), section du Nord-Kivu, avec l’appui de la Direction du développement et de la coopération suisse (DDC). À travers cette initiative, l’UNPC Nord-Kivu entend renforcer le rôle des médias dans la promotion de la paix et de la cohésion sociale, en encourageant les journalistes à aller au-delà de la simple couverture des événements pour contribuer activement à la prévention des conflits et au rapprochement des communautés.

Isaac Bin-Ngeve


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