BENI : le marché de Kilokwa, modèle de cohabitation pacifique et de résilience
Au cœur de la ville de Beni, dans le Nord-Kivu, le marché de Kilokwa illustre une forme remarquable de vivre-ensemble. Malgré la concurrence et les tensions potentielles liées aux activités commerciales, vendeurs et vendeuses y privilégient la tolérance, la solidarité et le respect des règles communes. Une organisation collective qui fait de ce marché un véritable espace de paix et de résilience.
Dans un contexte régional souvent marqué par des tensions, le marché public de Kilokwa s’impose comme un exemple inspirant de cohabitation pacifique. Malgré une concurrence intense, caractérisée par la vente de produits similaires à une clientèle partagée, les commerçants y cultivent la paix à travers la patience, la tolérance et le respect mutuel. Ils occupent ainsi le même espace dans un climat apaisé au quotidien.
Ce marché apparaît dès lors comme un véritable laboratoire social, où la rivalité commerciale est encadrée par des pratiques collectives favorisant l’harmonie. Pour maintenir cette cohésion, les commerçants s’appuient sur des règles claires. L’une des plus importantes consiste à ne pas attirer un client déjà positionné devant l’étalage d’un autre vendeur, afin d’éviter toute source de tension. « Ce qui nous permet de vivre ensemble, c’est la sagesse et quelques accords qui nous réunissent. Par exemple, lorsqu’un client hésite entre plusieurs étalages, il est strictement interdit de l’interpeller tant qu’il ne s’est pas décidé. Cela nous évite des conflits », explique un vendeur de chaussures au marché de Kilokwa.
Solidarité, une valeur centrale
Au-delà de la concurrence, la solidarité demeure une valeur essentielle. Lorsqu’un produit manque chez un vendeur, celui-ci n’hésite pas à orienter le client vers un collègue, renforçant ainsi les liens entre commerçants.
Dans un environnement où les acteurs vendent souvent les mêmes produits, la patience et la tolérance deviennent indispensables. Les commerçants reconnaissent que les tensions existent, mais qu’elles doivent être gérées avec maturité. « Moi, je vends des ustensiles de cuisine. Comme nous proposons les mêmes articles, nous devons être patients et sages. Là où il y a beaucoup de monde, les conflits ne manquent pas. Mais chacun finit par avoir sa part. La vie du marché ressemble à la vie conjugale : il peut y avoir des disputes, mais la réconciliation suit toujours. Il faut donc faire preuve de tolérance pour bien vivre ensemble », confie une vendeuse.
Cette approche contribue à maintenir un climat apaisé et à renforcer la cohésion sociale. Toutefois, en cas de désaccord persistant, un système interne de gestion permet de résoudre les conflits de manière progressive. Les différends sont d’abord examinés au niveau des branches ou groupes de commerçants, avant d’être transmis à l’administration du marché si aucune solution n’est trouvée. « Tous les problèmes sont traités au bureau de l’administration générale, en collaboration avec le comité du marché. Toutefois, avant d’arriver à notre niveau, les dossiers sont d’abord examinés au sein des branches. Ce n’est qu’en cas d’échec qu’ils nous sont soumis », précise Bavon Tengetenge, administrateur adjoint du marché central de Kilokwa.
Exemple de consolidation de la paix
Grâce à cette combinaison de discipline collective, de valeurs humaines et d’organisation structurée, le marché de Kilokwa s’impose comme un modèle de résilience. Dans une région en quête de stabilité, cette expérience démontre que la paix peut se construire au quotidien à travers des pratiques simples mais efficaces.
Le marché devient ainsi bien plus qu’un lieu d’échange économique : il incarne un espace de dialogue, de régulation sociale et de cohésion communautaire, susceptible d’inspirer d’autres initiatives de consolidation de la paix à l’échelle locale.
Cet article est produit dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale ». Ce projet est exécuté par l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC), section du Nord-Kivu, avec l’appui de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) suisse. À travers cette initiative, l’UNPC Nord-Kivu vise à faire évoluer le rôle des médias en les positionnant comme des acteurs clés de la promotion de la paix et de la cohésion sociale.
Mady-Nzenza Ilongo
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