BENI : L’immobilier sous haute tension à Matonge

BENI : L’immobilier sous haute tension à Matonge

Depuis que Beni est devenue chef-lieu de la province du Nord-Kivu, le quartier Matonge connaît une transformation rapide. L’arrivée massive de déplacés en provenance de Goma, souvent dotés de moyens financiers plus importants, provoque une flambée des loyers. Se loger dans ce quartier central est désormais un luxe que de nombreux habitants locaux ne peuvent plus se permettre.

Une demande en forte hausse

Au cœur de la ville, trouver une maison relève aujourd’hui du parcours du combattant. Le nouveau statut administratif de Beni attire fonctionnaires, agents d’organisations et commerçants. À cette pression s’ajoute l’afflux de déplacés venus de Goma.

Contrairement à ceux originaires des villages voisins, plusieurs ménages arrivant de la capitale provinciale disposent d’économies ou d’activités commerciales qu’ils tentent de relancer. Cette capacité financière influence directement le marché : les meilleures habitations sont rapidement occupées et les prix grimpent.

Des loyers multipliés par trois ou quatre

À Matonge, des maisons autrefois louées entre 40 et 50 dollars atteignent désormais 150, voire 200 dollars par mois. Habitués au coût de la vie plus élevé à Goma, certains nouveaux arrivants acceptent ces montants pour bénéficier d’un environnement jugé plus sûr et proche du grand marché.

« Nous avons fui Goma pour sauver nos activités. Mais ici à Beni, les prix ressemblent déjà à ceux de là-bas. Les propriétaires savent que nous avons un peu de moyens, alors ils augmentent les loyers », témoigne un commerçant récemment installé.

Un chef-lieu qui devient inaccessible

Le statut de chef-lieu renforce l’attractivité de la ville, mais accentue aussi les inégalités. Matonge est devenu le quartier le plus recherché. Or, l’offre de logements reste limitée : les parcelles ne s’agrandissent pas, mais leur valeur s’envole.

De plus en plus de propriétaires privilégient les locataires capables de payer plusieurs mois d’avance. Les habitants de longue date, qui règlent leurs loyers mensuellement et disposent de revenus modestes, peinent à suivre. Beaucoup sont contraints de quitter le centre-ville pour s’installer en périphérie, plus éloignée des services et des opportunités économiques.

La loi du plus offrant

Le marché est également influencé par des commissionnaires qui facilitent les transactions. Lorsqu’une maison se libère, elle trouve preneur en très peu de temps. La règle est simple : le logement revient à celui qui peut payer le plus vite et le plus cher.

Cette dynamique nourrit un sentiment d’injustice chez certains résidents. Pour eux, la crise immobilière illustre une autre conséquence du conflit : au-delà de l’insécurité, la guerre engendre une pression économique qui rend la vie urbaine de plus en plus coûteuse.

Beni s’affirme comme une ville stratégique et attractive. Mais sans mécanismes de régulation du marché locatif, le risque est grand de voir les habitants historiques progressivement exclus de leur propre quartier.

Molima Endambo Dorcas (Etudiante en SIC/UOS)


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