Enfants mendiants du centre-ville de Beni exposés à de multiples dangers
Dans les rues du centre-ville de Beni, le phénomène des enfants mendiants prend de plus en plus d’ampleur. Issus de familles vulnérables, parfois déplacées par la guerre, ces enfants passent leurs journées à tendre la main. Leur quotidien est marqué par l’insécurité, la faim et, souvent, l’indifférence générale.
Au carrefour central de Beni, ils sont là, visibles mais rarement regardés. Des enfants en haillons, pieds nus, portant parfois un sac en plastique dans lequel ils conservent quelques restes alimentaires ou de menus objets. Ces jeunes mendiants incarnent le visage douloureux de la crise sociale que traverse la région. Leur présence est la preuve d’un système d’encadrement fragilisé et d’un abandon silencieux.
Exposés à de nombreux risques
Sous le soleil ardent ou sous la pluie, ces enfants affrontent quotidiennement de multiples dangers : agressions, abus, maladies, accidents de circulation ou encore exploitation. « Nous vivons dans la rue. Parfois, on dort dehors si on ne trouve rien à ramener à la maison », murmure l’un d’eux.
Certains commerçants affirment leur donner de temps en temps quelques pièces ou de la nourriture. D’autres dénoncent la situation. « Il faut que la mairie ou les ONG prennent ces enfants en charge. La rue n’est pas un endroit pour eux », déclare un vendeur de crédits téléphoniques.
Malgré la visibilité du problème, peu d’actions concrètes semblent être mises en œuvre. Un député local alerte : « Il faut des centres d’accueil, un suivi médical et éducatif. Sinon, nous préparons une génération perdue. »
Témoignage de Djodjo
Djodjo, un petit garçon au regard déterminé, a accepté de témoigner. Originaire de Goma, sa famille a fui les violences armées. Installés à Beni, ils vivent sans logement stable ni ressources suffisantes. « Ma maman est malade. Chaque jour, je sors avec mes frères pour demander de l’aide. Parfois, on gagne 2 000 ou 3 000 francs congolais. Les gens nous donnent aussi du riz, de la farine ou des pommes de terre. On garde tout dans le sac et on rentre le soir. C’est avec ça qu’on mange et qu’on aide maman à acheter ses médicaments », raconte-t-il.
Des familles impuissantes
Derrière ces enfants se trouvent des parents souvent sans emploi ni formation. Ils laissent leurs enfants mendier, non par choix, mais par nécessité.
« Je ne peux pas travailler, je suis malade. Mes enfants vont mendier, c’est notre seul moyen de survivre », confie une mère assise non loin du rond-point central.
Emmanuel, lui, est né à Beni. Il a quitté l’école faute de moyens. « Mes parents sont séparés. Je vis avec ma tante, mais elle n’a rien. Je vais mendier pour acheter à manger. Si je ne trouve pas, je dors dehors avec mes amis », explique-t-il.
Comme lui, plusieurs enfants passent la nuit à même le sol, sur des cartons, près des boutiques ou dans les recoins des rues, sans couverture.
Un appel à la responsabilité collective
Le phénomène des enfants mendiants à Beni ne relève pas seulement de la pauvreté. Il reflète aussi une société qui peine à protéger les plus fragiles. Les cas de Djodjo, d’Emmanuel et de tant d’autres interpellent la conscience collective.
Ces enfants ont besoin de protection, d’éducation et surtout d’un avenir meilleur. Il revient aux autorités locales, aux organisations humanitaires et à la société civile d’agir sans délai afin de leur redonner une place digne au sein de la communauté, loin des trottoirs et du mépris.
AMINATA MUNGANGA (Etudiante de SIC-UOS)
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