Flambée des loyers à Beni, conséquence de la guerre à l’Est de la RDC
La guerre opposant le M23 aux FARDC continue de bouleverser la vie des populations de la partie Est de la RDC. A Beni, ville d’accueil des déplacés, la hausse des loyers complique davantage le quotidien de familles déjà fragilisées, ravivant l’appel urgent à la paix.
Les affrontements entre le M23 et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), dans de grandes villes comme Goma (Nord-Kivu) et Bukavu (Sud-Kivu), ainsi que dans d’autres agglomérations de l’Est de la RDC, ont entraîné un déplacement massif des populations. Des milliers de familles ont fui les violences pour trouver refuge à Beni, abandonnant leurs biens et leurs maisons derrière elles. « Cette situation illustre une réalité bien connue : la guerre n’apporte que désolation et instabilité. Elle détruit les conditions de vie, fragilise les communautés et éloigne toute perspective de développement. Face à cela, la paix demeure une aspiration profonde et partagée par tous », explique, avec désespoir, PM, un ancien humanitaire, aujourd’hui hébergé avec sa famille dans la maison de son petit frère à Beni.
« Cette guerre m’a rendu irresponsable, alors qu’avant ces événements malheureux, j’étais considéré comme un espoir pour ma famille », ajoute-t-il.
Pression immobilière intensifiée
La ville de Beni fait face à une forte pression sur le logement. Selon plusieurs sources, des appartements autrefois accessibles à 50$ se négocient désormais entre 150 et 200$.
« Nous n’avons pas le choix. C’est la loi de l’offre et de la demande qui s’impose, parce qu’il y a plusieurs demandeurs venus de Goma, Bukavu, Uvira, Rutshuru, etc. », précise l’un des bailleurs rencontrés à ce sujet.
Parmi les personnes touchées, une mère déplacée de Goma, aujourd’hui installée à Beni avec ses sept enfants, exprime son indignation face à ses nouvelles conditions de vie : « J’ai dû laisser ma maison luxueuse à Goma pour venir vivre à Beni dans des conditions très difficiles. Je demande aux autorités de Kinshasa ainsi qu’à tous les acteurs nationaux et internationaux de s’impliquer sincèrement dans les négociations pour que cette guerre prenne fin. Nous voulons retrouver la paix et reprendre une vie normale », souhaite-t-elle.
Paix, une nécessité absolue
Cette crise du logement à Beni n’est qu’une conséquence parmi d’autres du conflit en cours. Elle rappelle à quel point la guerre désorganise profondément la société et accentue les inégalités. A propos, Maître Kevin Ndagange rappelle que toute augmentation de loyer doit respecter les clauses du contrat de bail et être communiquée au locataire au préalable. Selon lui, le contexte actuel devrait plutôt encourager la solidarité : « Toute augmentation du prix du loyer doit respecter le contrat. Mais, en cette période précise, l’humanisme devrait primer malgré la forte demande », insiste-t-il.
Pour lui, mettre fin aux hostilités est aujourd’hui une nécessité urgente afin de permettre aux populations déplacées de retrouver leurs foyers, leur stabilité et une vie digne, comme par le passé. « La quête de la paix et de la cohabitation pacifique reste la seule voie pour reconstruire durablement la région », conclut-il.
Signalons que cet article est produit dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale ». Un projet exécuté par l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC/Nord-Kivu), avec l’appui de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC Suisse).
A travers ce projet, l’UNPC/Nord-Kivu vise à transformer le rôle des médias, passant de simples observateurs ou rapporteurs à de véritables catalyseurs de la paix et de la cohésion sociale.
Dorcas Molima et Aimée Mikokoma
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