Butembo : 26 ans après, la résolution 1325 peine à s’imposer sur le terrain
Adoptée en octobre 2000 par le Conseil de sécurité des Nations unies, la résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité célèbre ses 26 ans en 2026. À Butembo, dans la province du Nord-Kivu, plusieurs organisations de la société civile s’investissent dans sa vulgarisation. Malgré les avancées enregistrées, le manque de moyens financiers, la marginalisation des femmes et leur faible représentation dans les instances décisionnelles freinent encore sa mise en œuvre effective.
Le Groupe d’associations de défense des droits de l’homme et de la paix (GADHOP), à travers ses structures membres, mène des actions de sensibilisation sur la résolution 1325. Des débats publics et des émissions radiophoniques sont notamment organisés pour favoriser sa compréhension au sein de la communauté.
Cette initiative vise à renforcer l’implication des femmes dans la recherche de la paix, dans un contexte sécuritaire préoccupant dans l’est de la République démocratique du Congo.
Toutefois, la coordonnatrice du GADHOP, Yolande Kalungero, relève plusieurs obstacles qui limitent l’engagement des femmes, notamment l’insuffisance des moyens financiers et leur marginalisation lors des nominations à des postes de responsabilité. Cette situation les prive également de certaines réunions consacrées aux questions de sécurité. « Nous rencontrons des obstacles, ce qui nous pousse à mener un travail de plaidoyer. Par exemple, alors que nous vulgarisons la résolution 1325, nous constatons que lors des nominations, que ce soit à Kasindi, à Oicha ou dans les quartiers de Butembo, les femmes sont systématiquement oubliées », déplore-t-elle.
Les femmes, des actrices incontournables de la paix
Malgré ces difficultés, les campagnes de sensibilisation commencent à faire évoluer les perceptions au sein de la communauté. Mbambu Luvuno Dévotte, femme leader de Butembo, souligne l’importance de renforcer la participation des femmes dans les mécanismes de prévention et de gestion des conflits.
Selon elle, les femmes ne doivent plus être considérées uniquement comme des victimes des violences, mais également comme des médiatrices et des actrices capables de contribuer durablement à la paix. « La sensibilisation est en train de changer la perception de la population à Butembo. Les femmes ne sont plus seulement vues comme des victimes, mais comme des médiatrices et des actrices de la paix. Elles interviennent désormais dans la prévention des conflits au sein des communautés et des églises. Dans le cadre de la surveillance sécuritaire communautaire, mères et jeunes filles collaborent étroitement avec les services de sécurité (FARDC, PNC, ANR) pour dénoncer les cas suspects », explique-t-elle.
La masculinité positive pour lutter contre les discriminations
De son côté, Mabanza Dibi Odile, responsable du service Genre, Famille et Enfant, reconnaît les avancées enregistrées dans l’appropriation de la résolution 1325. Elle estime néanmoins que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour garantir une participation effective des femmes à tous les niveaux, sans discrimination.
Elle dénonce notamment les préjugés auxquels sont confrontées les femmes qui souhaitent accéder à des postes de responsabilité. « Le niveau de participation reste bas et les résistances sont nombreuses. Lorsqu’une femme se porte candidate, elle est souvent perçue comme “compliquée”. C’est pourquoi nous prônons la masculinité positive, afin que les hommes soutiennent l’engagement des femmes sans discrimination », souligne-t-elle.
Quatre piliers pour renforcer la paix et la sécurité
Adoptée en octobre 2000, la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies repose sur quatre piliers fondamentaux : la participation des femmes aux processus de paix, la prévention des conflits, la protection des femmes et des filles, ainsi que le relèvement et la reconstruction après les conflits.
À Butembo, les organisations de la société civile poursuivent leur mobilisation pour que ces engagements se traduisent par des actions concrètes. L’enjeu est de permettre aux femmes de participer pleinement aux décisions relatives à la paix et à la sécurité, particulièrement dans une région confrontée à l’insécurité.
Cet article est produit dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et des médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale ». Ce projet est exécuté par l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), section du Nord-Kivu, avec l’appui de la Direction du développement et de la coopération (DDC Suisse). À travers cette initiative, l’UNPC Nord-Kivu entend transformer le rôle des médias en les faisant passer de simples observateurs ou rapporteurs à de véritables catalyseurs de la paix et de la cohésion sociale.
Providence Birugho
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